Le 95th Rifles pendant la campagne de Belgique: Quatre-Bras

 

 

Le 1er bataillon était stationné à Douvres depuis son retour de la péninsule en 1814.

Napoléon ayant quitté l’île d’Elbe, la reprise des hostilités étant inévitable, six compagnies de ce bataillon, sous le commandement de Sir Andrew Barnard, embarquèrent à Douvres le 25 avril 1815 à bord du « Wensleydale » et débarquèrent à Ostende le 27.

Sir Andrew Barnard En 1815, sir Andrew Barnard embarqua à Douvres avec six compagnies du 1er bataillon du 95th Rifles. Il arriva à Bruxelles le 12 mai. Il commandait le bataillon aux quatre-Bras le16 juin et a été légèrement blessé  Waterloo le 18. Il a été décoré de l'Ordre russe de Saint Georges et de l'Ordre de Marie- Thérèse d'Autriche. Wellington avait une site haute opinion de Barnard qu'il le nomma commandant de la division britannique occupant Paris.
Sir Andrew Barnard
En 1815, sir Andrew Barnard embarqua à Douvres avec six compagnies du 1er bataillon du 95th Rifles. Il arriva à Bruxelles le 12 mai. Il commandait le bataillon aux quatre-Bras le16 juin et a été légèrement blessé Waterloo le 18. Il a été décoré de l’Ordre russe de Saint Georges et de l’Ordre de Marie- Thérèse d’Autriche. Wellington avait une site haute opinion de Barnard qu’il le nomma commandant de la division britannique occupant Paris.

 

 

A peine débarqués, ils montèrent sur de grandes péniches et descendirent le canal de Ostende à Bruges où ils arrivèrent à la tombée de la nuit.
Le lendemain matin, à quatre heures, ils continuèrent leur progression sur des charrettes jusqu’à Gand, où ils arrivèrent vers trois heures. Ils prirent leurs cantonnements à cet endroit jusqu’au 10 mai. Le 11 mai, ils reprirent la route vers Alost et le 12 vers Bruxelles où ils arrivèrent vers 11 heures et y prirent leurs quartiers.
A cette date ou un peu après, ils furent placés, avec le 28th (North Gloucestershire) Regiment of Foot, 32nd (Cornwall) Regiment of Foot et 79th (Cameronian Highlanders) Regiment of Foot, sous les ordres de la brigade de Sir James Kempt de la division du général Picton.
Sir James Kempt ayant commandé l’une des brigades de la division légère pendant la dernière partie de la guerre de la Péninsule, les fusiliers du 1er Bataillon se sentaient comme à la maison sous ses ordres.

Le 2ème bataillon était également stationné près de Douvres.
5 compagnies du 2ème bataillon composés de 2 officiers d’état-major, 5 capitaines, 14 officiers subalternes, 4 majors , 50 sergents, 16 clairons et 480 hommes du rang, sous le commandement du colonel Wade, quittèrent le château de Douvres à dix-sept heures le 25 mars et embarquèrent à vingt-trois heures sur les bateaux de transport.
Ils atteignirent Ostende le lendemain et furent débarqués à quatorze heures et commencèrent leurs marches immédiatement, trois compagnies vers Saas et deux vers Sluys. Le 28, les deux colonnes furent réunies et partirent de Bruges.

Le 29 mars, 3 compagnies passèrent à Pittem, les deux autres à Egem.

Le lendemain, les cinq compagnies défilèrent à Courtrai et le 31 à Tournai.

Le 1er avril, Ils marchèrent sur Leuze, où ils prirent leurs cantonnements jusqu’au 12 juin avec des détachements à Villers Saint-Amand, Villers Notre Dame, Ligne, Moulbaix et Grammont, .

Pendant ce temps, le 18 avril, une compagnie (1 capitaine, cinq officiers subalternes et 100 hommes du rang) qui était avec Sir Thomas Graham rejoignit la Hollande, ce qui porta la force du 2ème bataillon présent en Belgique à 6 compagnies.

Le 20 avril, le duc de Wellington passa en revue le 2ème bataillon.

Le 29 avril le colonel Wade quitta le bataillon pour prendre le commandement des dépôts.

Le 2 mai, le lieutenant-colonel Norcott pris la tête du 2ème bataillon.

Le 12 Juin, le 2ème bataillon marcha sur Tourpe, Ellegnies et Aubechies. Le 16, il se mit en ordre de marche pour Nivelles, et le 17, il marcha vers Waterloo où il bivouaqua.
A cette époque, le lieutenant-colonel Ross pris la tête des deux compagnies du 3ème bataillon, qui étaient stationnées en Hollande. L’état-major était encore en Amérique, ou sur le chemin du retour. C’est ainsi que le 2ème bataillon fût placé dans la brigade de Sir Frederick Adam de la division de sir Henry Clinton, avec leurs anciens compagnons d’armes du 52nd (Oxfordshire Light Infantry) Regiment of Foot et avec le 71st (Highland Light Infantry) Regiment of Foot.

Le 1er bataillon étant à Bruxelles et dans les bivouacs répartis dans toute la ville, a été surpris dans son sommeil dans la soirée du 15 juin par les clairons qui sonnaient « Assembly » (rassemblement). Les différentes compagnies se mobilisèrent immédiatement et se mirent sur le pied de guerre. Des rations de biscuit et de viande pour deux jours furent distribués aux hommes; ils convergèrent vers le parc de Bruxelles où était prévu le rassemblement. Vu les différents points de cantonnement, la concentration se fit de 23 heures à deux heures du matin.
Le bataillon, ainsi rassemblé, a été formé en colonne par quatre. Ils ont pris armes et bagages et attendus les ordres. Ils s’installèrent pour essayer de finir leur nuit en utilisant de leur paquetage comme oreiller. Les officiers suivirent leur exemple en se reposant sous un porche, ou partout ailleurs où ils le pouvaient. Ils étaient souvent dérangés par les dames de petite vertu ou par d’autres officiers de retour du bal de la Duchesse de Richmond.

Bal de laDuchesse de Richmond

Bal de laDuchesse de Richmond

Toutefois, les autres régiments de la division s’étant réunis à l’aube, quittèrent Bruxelles par la Porte de Namur, et marchèrent vers Waterloo. Ici, ils firent une halte sur le côté gauche de la route à l’abri des arbres qui bordaient la chaussée.
Les hommes étaient épuisés, et après un court repos, ils reprirent leur marche par la chaussée de Charleroi vers les Quatre-Bras. La chaleur était intense:  un homme, victime d’un coup de soleil, est allé fou furieux frapper l’homme à côté de lui avec son fusil, et il tomba mort.

Après avoir passé Genappe, les compagnies ont continué leur progression à l’abri des champs de maïs.
A leur arrivée, ils furent accueillis par une salve d’artillerie et ils trouvèrent refuge derrière une haie vive d’aubépine. L’artillerie française concentra son feu sur cette palissade de fortune et blessa un homme. Les fusiliers passérent leurs fusils à travers la futaie, mais hésitèrent à forcer le passage devant tant d’épines agressives. Il est étrange que ces hommes, qui ne craignaient pas le feu de l’ennemi, hésitaient devant une haie épineuse.

Ce fut alors que George Simmons, voyant l’affaire, s’avanca de quelques pas et se précipitant sur le sergent Underwood, le poussa violement dans le dos. Les deux hommes s’enfoncèrent dans la haie et se trouvèrent de l’autre côté. Ils roulèrent sur le sol et s’écartèrent de ce bosquet soumis aux tirs de l’artillerie, ce qui parut bien plus raisonnable.

La route de Quatre-Bras

La route de Quatre-Bras

Il était environ deux heures lorsque Fitzmaurice, qui commandait une compagnie, en l’absence de Leach resté à Bruxelles, et qui était posté sur un promontoire, observa un cavalier s’avançant sur la route, apparemment plongé dans une profonde réflexion . Comme il approchait, il reconnu le duc de Wellington qui levant les yeux, et voyant l’uniforme du 95th, cria soudainement : « Où est Barnard ? ».
Le colonel arriva au galop le mot lui ayant été rapporté. Le duc dit, en parlant des français : « Barnard, ces gars vont venir à vous. Vous devez les arrêter en prenant possession du bois ».
Barnard ordonna immédiatement à Fitzmaurice de s’avancer vers le bois et de s’amuser avec eux (sic) jusqu’à l’arrivée du reste du bataillon.
Comme FitzMaurice s’éloignait, le duc le rappela à lui sur une butte à l’abri du feu de l’ennemi.

 

Le Duc de Wellington sur la route de Quatre-Bras

Le Duc de Wellington sur la route de Quatre-Bras

Le général Bachelu occupait le bois de Pireaumont (bois de la Hutte). Il  souhaitait pousser plus en avant pour prendre un autre petit bois (Cherry Wood) qui aurait coupé la communication entre Ligny et Quatre-Bras. Mais les fusiliers du 95th rifles  attendaient les français de pied ferme.
Ici, pour la première fois de cette campagne, les troupes des deux nations se sont trouvées face à face. Les fusiliers, qui ont enrayé avec succès la poursuite de l’avance des Français et tenu le bois, étaient du 1er Bataillon du 95th Rifles. Les vétérans de l’armée française qui avaient servi dans la péninsule, les avaient souvent retrouvés en première ligne lors des combats en Espagne. Ils connaissaient particulièrement la discipline et l’admirable efficacité de cette unité dont ils avaient pu mesurer l’expérience.

Outre l’occupation de ce bois, le bataillon gardait la chaussée de Namur, où était alignée la compagnie de Charles Beckwith, commandée par le lieutenant Layton. La chaussée était bordée d’un remblai et d’un fossé en face de celui-ci. Cette position était à portée des mousquets de l’ennemi. Le lieutenant Layton lui-même fût touché au poignet et au côté.

Le champ de bataille de Quatre-Bras

Le champ de bataille de Quatre-Bras

Les français continuaient leur progression sur le bois en espérant tourner le flanc gauche de la ligne anglaise, où était positionné le bataillon. Ils avaient déjà rejoint la route, lorsque le 95th  reçu enfin l’ordre de passer à l’action. Ils sautèrent par dessus le remblai et le fossé et s’avancèrent en faisant feu. Ils chassèrent les français de la route et des quelques maisons isolées qu’ils occupaient.
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Le maréchal Ney était maintenant fixé sur tout le  champ de bataille. Le bois de Pireaumont à sa droite, le bois de Bossu à sa gauche,  la plaine au centre étaient occupés par les Alliés. Toutes unités françaises sont revenues sur leurs positions du matin.

A Quatre-Bras , le bataillon accusa de lourdes pertes aussi bien chez les hommes du rang que dans l’état major.
A la nuit tombée,  les troupes de sir Charles Alten relevèrent le bataillon qui se retira derrière de la ferme de Gemioncourt. Ils formèrent les faisceaux par colonne de compagnies prêts à reprendre les armes à la moindre alerte.

Avant que le bataillon  quitte sa position, Sir Andrew Barnard attira  l’attention de son état major sur un rifleman ayant les deux jambes brisées: « Messieurs, si l’un de vous restait ici avec deux ou trois hommes pour  mettre ce pauvre garçon à l’abri, ce serait un acte glorieux ! ».
George Simmons se porta volontaire. Dès que le bataillon eut commencé à faire mouvement, il mit en place deux piquets dans la direction de l’homme blessé et en plaça un autre un peu plus haut. A la nuit tombée, Simmons  envoya un homme cherché le blessé. Le soldat le pris sur son dos et le ramena à la position, tout cela sans aucun bruit.
Les sentinelles françaises trop occupées de leur côté, ne réagirent pas.
En s’approchant des lignes alliées, la petite troupe fut prise en charge par les allemands de la division Alten. Le blessé fut amené dans une maison des Quatre-Bras où il fut soigné.
Après quoi, notre fabuleuse équipe de sauveteurs rejoignit son unité.

Peu avant l’aube, un feu nourri fut échangé entre les sentinelles des deux camps: une patrouille de cavalerie s’étant trop avancée  avait surpris les piquets français.
A l’aube, la 17ème compagnie du bataillon fût envoyée occuper la cour de la ferme de Gemioncourt .

Ferme de Gémioncourt

Ferme de Gémioncourt

Une escouade de deux officiers et vingt hommes fut détachée en avant: embusqués dans un fossé et derrière un mur, ils avaient l’ordre de ne pas tirer. Les Français finirent par cesser le feu.
Dans la matinée du 17, la retraite des prussiens obligeait à faire de même. Les troupes installées aux Quatre-Bras commencèrent leur mouvement de retraite. Le 1er bataillon du 95th assura l’arrière garde, et fut le dernier à quitter les Quatre-Bras.
Alors que les derniers piquets quittaient le carrefour, le sergent Fairfoot, vétéran de la guerre de la Péninsule où il avait été blessé à la bataille de Badajoz, fut touché par une balle qui lui fracassa l’avant-bras droit. Avec une étonnante bravoure, avant de se replier, il  tira avec son fusil en le posant sur l’épaule de l’officier qui l’accompagnait. Il tira sur les français en utilisant son bras gauche.
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Le bataillon continua sa retraite et les Français leur avancée. Ils s’arrêtèrent à l’entrée de Genappe.
Le duc et son état-major étaient sur un promontoire. Il regardait attentivement à travers sa lorgnette l’avance de l’ennemi. A ce moment, la pluie commença à tomber violemment, et les hommes furent obligés de se mettre à l’abri dans les maisons de chaque côté de la rue du village. Ils ne purent y rester longtemps. Des coups de feu furent échangés entre les français et les patrouilles de cavalerie qui protégeaient la retraite.
La colonne se reforma et sortit de Genappe pour prendre position sur un monticule. Là, elle eut la satisfaction de voir les Life Guards se jeter sur les lanciers et les cuirassier français dans les ruelles étroites de Genappe, retardant ainsi l’avance des français.

La retraite continua à travers des trombes d’eau incessantes qui rendaient le sol impraticable.

Le matin de Waterloo par J.D. Aylward Le Duc de Wellington prend une tasse de thé avec le 95th rifles sur la route de Mont Saint Jean

Le matin de Waterloo par J.D. Aylward
Le Duc de Wellington prend une tasse de thé avec le 95th rifles sur la route de Mont Saint Jean

 

Les hommes atteignirent la position de Waterloo quelques heures avant la nuit. Là, ils bivouaquèrent avec l’aile droite de l’armée anglaise. Le bataillon bivouaqua sur la route de Charleroi, derrière La Haye-Sainte, près d’un petit chalet où Sir Andrew Barnard avait établi ses quartiers. Il fît distribuer les provisions qu’il avait reçu de Bruxelles à beaucoup de ses officiers.

La fatidique journée du 18 approchait à grands pas… 169523748eimg392

 

Références :

 

  • The history of the Rifle Brigade (the Prince Consort’s Own) formerly the 95th – Sir William H. Cope, Bart. – Londres 1877
  • Waterloo 1815 (1) : Quatre-Bras – Osprey publishing – Campaign N°276

British rifleman 1797-1815 – Osprey publishing – Warrior N°47


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Sir John Kincaid

KINCAID , SIR JOHN (1787-1862), de la « rifle brigade », est le deuxième fils de John Kincaid de Dalheath, près de Falkirk, et de son épouse, la fille de John Gaff. Il est né à Dalheath en janvier 1787.

Il fait ses études à l’école de Polmont , et sert un temps comme lieutenant dans la milice de North York. Après avoir suivi la formation de l’ancien 3e bataillon du 95th rifle (dissous par la suite), il entre dans la rifle brigade, à Hythe dans le Kent, en 1809.

Kincaid rejoint le projet des volontaires de la milice de North York et reçoit le grade de second lieutenant dans le 95e, régiment avec lequel il traverse les campagnes de la guerre de la péninsule de 1811-1814 et de Waterloo en 1815.

Il mène l’un des assauts désespérés de Ciudad Rodrigo où il est grièvement blessé. Il a un cheval tué sous lui à Waterloo, où il commande en qualité de major.

Il est nommé capitaine dans la « rifle brigade » en 1826 et se retire de la vie militaire en 21 juin 1831.

Pour ses états de services en Espagne, il reçoit la médaille avec fermoirs pour Fuentes d’Onor, Ciudad Rodrigo, Badajoz, Salamanque, Vittoria, Pyrénées, Nivelle, Nive, et Toulouse. Kincaid est nommé « exon » de la garde royale de yeomen le 25 octobre 1844 et devient « senior exon ». En 1852, il est anobli selon la coutume. En 1847, il est nommé inspecteur des prisons de l’Ecosse  pour le gouvernement de sa Majesté.

En 1850, Sir George Grey lui confère le grade d’inspecteur général des usines et des prisons pour l’Ecosse, poste dont il démissionne pour mauvaise santé peu avant sa mort. Il meurt à Hastings, célibataire, le 22 Avril 1862, à l’âge de 75 ans.

Kincaid est l’auteur de :

« Adventures in the Rifle Brigade » (Londres, 1830; 2e édition, Londres, 1838) dont est tiré l’extrait ci dessous .

« Random Shots of a Rifleman » (Londres, 1835).



« Le village des Quatre-Bras, à cette époque, était un hameau de trois ou quatre maisons; et, comme son nom le dit si bien, il se tenait à la jonction de quatre routes : l’une vers laquelle nous nous dirigions; une seconde, inclinée vers la droite; une troisième, dans la même mesure, vers la gauche; et la quatrième, derrière nous; mais, comme je n’avais pas d’yeux derrière la tête, je ne la voyais pas.

 

Le village était occupé par des Belges, sous les ordres du prince d’Orange, qui avait un poste avancé dans un corps de ferme , au pied de la route, sur la partie droite de la chaussée. Une partie de sa division occupait également un petit bois du même côté.

Lord Wellington, je crois, après nous avoir laissés à Waterloo, galopait vers la position prussienne à Ligny, où il a eu une entrevue avec Blücher, et où, ils se sont concertés sur les mesures à prendre pour leur coopération mutuelle. Quand nous sommes arrivés aux Quatre Bras, cependant, nous l’avons trouvé dans un champ près de l’avant-poste belge. Les canons de l’ennemi commençaient tout juste à s’activer sur l’endroit où il se trouvait, entouré par son imposant état-major.

 

Nous nous arrêtâmes un instant au sommet de la colline; et comme Sir Andrew Barnard galopait à la tête du bataillon, je l’ai suivi, pour être prêt à transmettre ses ordres. Au moment où nous approchions, Lord Fitzroy Somerset, se sépara du duc, et dit :

« Barnard, vous devez immédiatement prendre votre bataillon et vous efforcer de vous emparer de ce village, » pointant du doigt la plaine ou l’ennemi s’avançait.

« Mais si vous ne parvenez pas à le faire, fixez vous dans le bois sur la gauche, et garder la route ouverte pour la communication avec les Prussiens. »

Nous nous sommes immédiatement dirigés dans la direction indiquée; mais, alors que nous étions à mi-chemin du village, nous avons eu la grande désillusion de voir l’ennemi se jeter sur l’endroit. Comme toute tentative de le reprendre était sans espoir, avec nos faibles forces, et qu’un autre corps se hâtait vers le bois, qui était notre deuxième objectif désigné, nous sommes immédiatement passés à l’action, et nous avons pu en prendre possession. En abordant ce point, un de nos hommes a été pris d’un accès de démence à cause de la chaleur excessive. Le pauvre garçon a cueilli quelques baies sauvages et s’en est gavé. Il en mourut au beaucoup de quelques minutes.

 

Alors que notre bataillon de réserve occupé le devant du bois, nos tirailleurs se sont alignés sur le côté de la route, qui était la ligne de communication avec les Prussiens. La route, cependant, était traversée par une telle grêle de balles. Aucun voyageur, même désespéré, n’aurait eu l’idée de s’y promener.

Nous avons été renforcés par un petit bataillon de troupes légères étrangères, dont l’aide nous donna le fol espoir de repousser l’ennemi un peu plus loin. Mais c’était une unité formée de jeunes recrues qui n’avaient jamais connu le feu; et, comme ils ne voulaient pas se joindre à nos tirailleurs, de ce fait, ils ne nous furent d’aucun secours. Leur conduite, en fait, était une réplique exacte et ridicule de la milice américaine Mathews . Sir Andrew Barnard nous avait parlé à plusieurs reprises de cette anecdote. Pour ceux qui parlaient français et qui se battaient à nos côtés, même après leur avoir expliqué qu’ils ne devaient pas tirer un coup de feu jusqu’à ce qu’ils soient rejoints par nos tirailleurs, le mot « Marche » était malheureux; car « Marche », pour eux, était toujours le signal de faire feu.

Ce jour-là, ils se sont redressés et ont commencé à faire feu de tout bois, principalement sur nos tirailleurs. Malgré les officiers qui étaient chaque fois envoyés pour leur dire qu’ils tiraient en même temps sur leurs alliés, ils continuaient. Nous avons dû, ce jour-là, nous contenter de cet état de fait.

 

L’attaque de Bonaparte sur les Prussiens avait déjà commencé. Le feu de l’artillerie et de la mousqueterie, dans cette direction, était énorme; mais le terrain plus élevé dans cette direction nous empêchait de voir ce qui se passait.

 

La plaine sur notre droite, que nous venions de quitter, allait devenir le théâtre d’une lutte sanglante et inégale. Notre division, où nous l’avions laissée, déployée en ligne, s’est réunie et s’est avancée à la rencontre des Français promotion, mais cet avantage fut de courte durée. Ils reçurent une charge furieuse de la cavalerie, et ont été obligés de se former en carré pour la recevoir. À l’exception d’un régiment, cependant, qui eut deux compagnies taillées en pièces. Ils n’ont pas seulement réussi à résister à l’attaque, mais ils ont également fait de terribles ravages dans les rangs de l’ennemi, qui, néanmoins, a continué sa charge en avant, balayant tout devant elle dans un énorme tourbillon, poussant jusqu’au village des Quatre-Bras, semant la confusion et la consternation dans les nombreuses unités de notre armée, qui y étaient rassemblées dans l’attente de l’évolution de la bataille.

 

Le mouvement vers l’avant de la cavalerie de l’ennemi avait donné le temps à l’infanterie de se rallier; et, d’être fortement renforcé par des troupes fraîches., ils sont de nouveau repassés à l’attaque. Dans cette situation, selon la théorie de Bonaparte, la victoire était à eux selon les règles de la guerre, car ils avaient la supériorité numérique, à la fois devant et derrière. Mais le brave vieux Picton, qui avait été formé dans une école différente, n’a pas choisi de s’en tenir à ces règles.

Méprisant la présence de cette cavalerie sur ses arrières, il s’avança, chargea et fit faire mouvement à toute sa ligne, ce qui créa une telle panique parmi les autres, qu’ils galopèrent à travers les intervalles de sa division, sans autre but que d’assurer leur propre sécurité. Après ce combat désespéré, le feu s’atténua des deux côtés, bercé par un calme relatif pendant près d’une heure, pendant que chacun s’occupait à renouveler ses ordres de bataille. Le duc de Brunswick avait été tué au début de l’action, en s’efforçant de rallier ses jeunes troupes qui n’ont pu résister à l’impétuosité des Français; et, comme nous n’avions pas de cavalerie sur le champ de bataille, les quelques régiments d’infanterie britanniques présents, qui avaient eu à supporter à bouts de bras tout le poids la force supérieure de l’ennemi, étaient maintenant considérablement réduite nombre.

 

La bataille, du côté des Prussiens, continuait de faire rage dans un rugissement incessant d’artillerie. A environ quatre heures de l’après-midi, un groupe de leurs dragons est venu, en patrouille, pour savoir ce qui se passait de notre côté, et nous a dit, en passant, qu’ils maintenaient encore leur position.

Le sort de la journée, cependant, était loin encore d’être décidé. En fait, d’ailleurs, bien que les tirs, pour le moment, avaient presque cessés, je n’avais pas encore clairement pris ma décision de quel côté était l’offensive, ou la défensive, ni qui était le gagnant. Je n’avais que la satisfaction de savoir que nous n’avions pas perdu; car nous étions désormais au milieu du champ de bataille (je me trouve plutôt injuste envers nos soldats, estimant qu’ils étaient à deux contre un) et, une fois la mêlée terminée, notre division tenait encore le terrain sur lequel nous nous étions battus. Tous les doutes sur le sujet, cependant, ont commencé à se dissiper à environ cinq heures. L’artillerie de l’ennemi une fois de plus à ouvert le feu sur la crête de la colline. Pour en déterminer la cause, nous aperçûmes notre bonne vieille division légère du comte Alten, qui à la tête d’une division britannique fraîchement arrivée, galamment se déplacer sur la route en s’avançant vers nous. C’était, en effet, un spectacle joyeux; car, comme je l’ai déjà dit, notre division avait souffert si durement que nous ne pouvions pas nous empêcher de regarder avec anxiété vers les lignes ennemies, dans l’attente d’une nouvelle attaque, avec une telle disparité des forces. Ce renfort nous a donné une nouvelle vie, et, dès qu’ils étaient assez près pour permettre de prendre appui, nous avons recommencé notre offensive, et, dans la lutte qui nous opposée aux tirailleurs français nous avons réussi à gagner une partie considérable de la position initialement occupée par l’ennemi, lorsque l’obscurité nous a obligés à renoncer.

Pour rendre justice au bataillon étranger, qui avait été toute la journée attaché à nous, je dois dire que, dans ces derniers mouvements, ils nous ont rejoints cordialement, et se sont extrêmement bien comportés. Ils avaient un jeune homme très galant à leur tête; et leur conduite, dans la première partie de la journée, peut, par conséquent, n’être imputable qu’à son inexpérience dans de telles circonstances.

 

Laissant le général Alten en possession de la terre que nous avions aidé à gagner, nous sommes retournés à la recherche de notre division, et nous les avons rejoints vers environ onze heures du soir, endormi et auréolé de gloire, sur le terrain où ils avaient combattu et qui portait les stigmates sanglants de la journée.

 

La canonnade du côté des Prussiens, avait totalement cessé avant la nuit, mais repris, avec un redoublement de fureur, environ une heure après; et c’est alors, comme nous l’apprîmes plus tard, qu’ils avaient perdu la bataille.

 

Nous nous sommes couchés avec nos armes, près de la ferme, en face des Quatre-Bras; et le diable sait que nous avions besoin de dormir, sachant que nous avions, soit marcher ou soit combattu pendant vingt-six heures successives.

 

Une heure avant le lever du jour, le lendemain matin, le feu roulant de la mousqueterie a repris sur toute la ligne des postes de garde. Nous sommes restés sur le qui-vive jusqu’au point du jour, nous nous attendions à une nouvelle attaque. Les piquets flambaient sans aucune cause apparente. Le feu a cessé progressivement, comme le jour avançait, et il semble avoir été causé par une patrouille de dragons qui s’était aventurée entre les postes de garde par accident. Lorsque la confusion commence dans l’obscurité, il n’est pas facile de l’arrêter.

 

Le 17 juin , comme les combats de la nuit dernière n’ont cessé qu’avec la nuit noire, ce matin, le champ de bataille reflétait la sauvagerie des combats de la veille; le sol état jonché d’hommes, de chevaux, de vêtements déchirés, et de cuirasses brisées; et, si aucun mouvement ne semblait se dessiner de chaque côté, des coups de feu occasionnels ont continué à être échangés à différents points, ce qui nous a tous gardés éveillés. Nous avons eu la satisfaction de savoir que l’ensemble de notre armée était rassemblé derrière la colline au cours de la nuit.

 

Vers neuf heures, nous avons reçu les nouvelles de la défaite de Blücher, et de sa retraite vers Wavre. Lord Wellington, par conséquent, a immédiatement commencé à retirer son armée sur la position de Waterloo.

 

Sir Andrew Barnard nous a ordonné de rester aussi longtemps que possible sur notre position avec notre bataillon, pour masquer la retraite des autres; et il m’a dit, si nous étions attaqués, que l’ensemble de la cavalerie britannique était prêt à s’avancer à notre grand soulagement. J’avais en tête cependant, qu’un seul bataillon de fusiliers au milieu de dix mille dragons, ne tiendrait pas longtemps dans le cas d’une attaque générale sur la ligne, et j’en étais désolé quand, vers onze heures, tous les régiments ont reçu l’ordre de faire mouvement. Nous avons suivi, avant que l’ennemi n’engage de mouvement contre nous.

 

Après avoir quitté le village de Quatre-Bras, puis en passant près de notre cavalerie, qui était formée de chaque côté de la route, nous sommes arrivés à l’entrée de Genappe. La pluie, à ce moment, a commencé à tomber tel un torrent, et nos hommes ont été autorisés à s’ abriter dans les maisons les plus proches; mais très vite nous avons été obligés de nous remettre en marche. La cavalerie française et la nôtre échangeaient déjà des coups, et nous troupes ont du se retirer sur un terrain plus favorable derrière Genappe. Nous avons, par conséquent, suivi, en masse, en traversant le village, et nous nous sommes reformés à sur le terrain au-delà de la butte.

 

Alors que nous restions là, nous avons eu l’occasion de voir les différentes affaires de la cavalerie; et cela faisait chaud au coeur de voir comment nos braves Life-Guards sont allés faire leur travail. Ils n’avaient aucune idée de ce qui les attendait, mais ils se sont jetés dans le combat, et ont envoyé leurs adversaires voler dans toutes les directions. Beaucoup de jeunes recrues furent désarçonnées du fait du sol détrempé et roulèrent dans la boue. Ce n’était pas la même chose que de parader dans Hyde-Park ! J’ai pensé, au premier abord, qu’ils avaient tous été blessés, mais, de la manière dont ils se relevaient, je ne pouvais m’empêcher de penser en voyant leurs tenues maculées de boue qu’ils avaient vérifiés ainsi le vieux proverbe, « le plus laid du meilleur soldat ! »

 

Les routes, ainsi que les champs, étaient devenus si lourds, que nous progressions très lentement. Il était six heures du soir avant que nous arrivâmes sur la position de Waterloo. Notre bataillon prit son poste en deuxième ligne pour la nuit, notre droite s’appuyant reposant la route qui mène à Namur, derrière la Haie-Sainte, près d’une maisonnette , que Sir Andrew Barnard occupait comme quartier général. L’ennemi est arrivé en face de nous, avec une force considérable, environ une heure après, et une canonnade s’engagea sur différents points de la ligne. Elle se termina à la nuit tombée, et enfin nous nous couchâmes… »

A venir

 

Didier – mai 2015.